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Publié par Cyril Fussy

Les sirènes de Francfort

L'un des principaux combats de l'écologie est la décroissance, une positive attitude qui permet de retrouver des comportements sains: moins de gaspillage, retour à des valeurs sûres et respect de l'environnement. D'ailleurs, raison pour laquelle luxe n'est pas incompatible avec écologie: utilisation parcimonieuse de matériaux nobles, durée de vie très longue des produits, utilisation des ressources locales, notamment artisanales, donc réduction de l'empreinte carbone. On peut bien entendu opposer des arguments contraires et tenter de prouver que le luxe est source de gaspillage, comme par exemple lorsque l'on voit la profusion de supercars à moteurs démesurés qui s'étale en ce moment au Salon de l'automobile de Francfort.

Mais toutes proportions gardées, les supercars, malgré leur consommation d'essence vertigineuse, ne représentent qu'une part infime du trafic automobile mondial, négligeable même car elles roulent très peu.

Le Salon de l'automobile de Francfort version 2009 dégage une tendance très claire de l'industrie automobile qui se résume en un mot: minimalisme. Réel argument ou simple manipulation commerciale? D'où ma question: est- que minimalisme rime avec décroissance? Une réponse positive irait en faveur d'arguments environnementaux depuis longtemps avancés.
Point positif numéro un, plus les voitures sont petites et moins elles consomment, c'est vrai. Ainsi l'on pourrait voir sur nos routes dès 2010 la nouvelle 2CV de Citroën baptisée Revolte, une "mini" de 3,68 x 1,73 x 1,35 mètres à propulsion hybride. Dans un article de lexpansion.fr on voit Carlos Ghosn, le bouillonnant patron de Renault, s'afficher dans un véhicule concept totalement minimaliste. Au rayon consommation, quand on s'appelle BMW et que l'on préside aux destinées de la marque Rolls Royce, on se doit de convaincre que le "Minimalism" est la voie du futur. Ainsi, à Francfort, le stand BMW tente de réduire son empreinte carbone tout en proposant un espace dédié au "Minimalism" où l'on apprend les efforts consentis, en matières de consomation, efficacité et environnement, par le groupe avec notamment l'introduction de systèmes de récupération de l'énergie cinétique au freinage, le fameux système KERS (Kinetic Energy Recovery System) ou SREC (Système de Récupération de l'Energie Cinétique) qui fait polémique en Formule 1 car il apporte un surpoids non négligeable aux véhicules. La communication sur le "Minimalism" de BMW est bien entendu destinée aux Mini du groupe tandis que pour les grosses berlines de BMW on met l'accent sur le dynamisme efficace ("Efficient Dynamics"). Les véhicules personnels sont de plus en plus bourrés d'électronique et bizarrement la communication des constructeurs ne porte pas sur l'allègement des véhicules personnels de M. et Mme Tout-le-monde. Evidemment, ils sont de plus en plus lourds et donc consomment plus.

Quoi qu'il en soit, les mots clés sont lâchés et de plus en plus employés comme argument commercial: hybride, bien sûr, sur tous les stands à Francfort, efficacité, durabilité, minimalisme... Mais je ne sais pas encore si minimalisme peut rimer avec décroissance dans le secteur automobile. Les efforts des gouvernements, notamment français et américains, pour convaincre la population de changer de véhicule (avec des primes à la casse) et opter pour des voitures modernes, moins polluantes et plus respectueuses de l'environment peuvent contre-balancer le besoin toujours croissant de vendre dans une logique capitaliste, mais on est encore loin d'une logique de décroissance. Cette logique voudrait que l'on utilise toujours mieux les transports en commun et que l'on laisse son véhicule au garage le plus possible. Il durera ainsi plus longtemps, notre planète aussi.

Modifier ses comportements

Oui, le minimalisme est une attitude: moins posséder, par exemple. Plus on laissera sa voiture au garage, moins on sentira le besoin d'en posséder une et les constructeurs pourront concentrer leurs efforts sur l'amélioration du confort et de l'efficacité des transports en commun (bus, tram, train, etc.) ou sur des offres spécialement destinées au co-voiturage, par exemple.

Je ne prône pas ici la mort des constructeurs automobiles, mais si le "minimalisme" affiché à Francfort va dans le bon sens, au bout du compte c'est une forte réduction des parcs de véhicules personnels qui devra etre engagée et c'est le moment d'envisager ce type de décroissance, de se faire à l'idée dans les foyers. N'oublions pas que la multiplication des véhicules personnels est allée de paire avec l'avènement du pétrole roi, l'énergie "inépuisable" à "bon marché". On sait qu'aujourd'hui que ce n'était qu'une illusion et que ce formidable argument commercial a fortement endommagé la planète tout en défigurant les paysages et les villes. On le sait depuis la première crise pétrolière de 1973 en fait. Vous avez perdu une certaine qualité de vie en cédant à ces chants de sirènes. Prenez du recul et imaginez-vous dans les bouchons du périphérique parisien ou dans l'étouffante ambiance des RER pleins à craquer aux heures de pointe. N'y aurait-il pas des efforts à consentir dans ces domaines plutôt que de se laisser bercer par les sirènes de Francfort?

Modifier nos comportements et renoncer à un véhicule personnel me semble toujours être la meilleure voie à suivre, malgré les campagnes flamboyantes des constructeurs automobiles, qui tentent juste de se racheter une image tout en essayant de continuer à tirer aux pis de la vache pétrole le plus possible dans un contexte économique changeant.

Ne vous leurrez pas non plus avec la voiture électrique. Si elle représente une formidable avancée pour la protection de l'environnement, de nombreux points négatifs sont à lui opposer. En France, les pro-nucléaires en profiteront pour réclamer de nouvelles centrales si elle venait à se développer dans l'offre aux ménages. Les déchets nucléaires, dont on ne sait toujours pas quoi faire, iront couler au fond de la mer au large des côtes italiennes où la mafia s'est trouvé un business très lucratif. En aucun cas la voiture électrique ne peut aujourd'hui être envisagée comme la future voiture personnelle de tous les foyers. Elle est trop chère pour le budget moyen des ménages et son autonomie la cantonne en ville. Elle se destine à des parcs urbains de co-voiturage, où des bornes de recharge rapide sont disponibles. Inévitablement, il faudra envisager de changer ses comportements, envisager le co-voiturage, envisager de plus employer les transports en commun, tout en militant pour leur amélioration. Ne prendre un véhicule personnel que lorsque c'est vraiment nécessaire. Vous économiserez en carburant (essence, gaz ou recharge à la prise électrique, peu importe), en assurances, en pneus, en vidanges, en entretien et réparations.

Il est encore bien dommage que les efforts et le marketing de constructeurs tels que PSA en matière d'environnement ne se concentrent pas plus sur leurs offres de bus, mini-bus et camionnettes. Evidemment, un Jumper c'est moins sexy qu'une Revolte...

Si votre budget baisse dans un contexte de crise économique, le premier bien de consommation dont vous pouvez vous passer, et ainsi réaliser de substantielles écoconomies, c'est votre véhicule personnel. Les écoles ont ici un rôle à jouer pour améliorer les transports scolaires. Les épiceries de quartier pourraient renaître si seulement le consommateur voulait bien éviter d'aller tous les samedi se fournir dans les hyper-marchés, responsables de fantastiques empreintes carbone (transports réfrigérés, fruits et légumes hors saison, pressions économiques sur les producteurs, gaspillages d'emballages, parkings gigantesques en surface, etc.).

Non, le minimalisme prôné à Francfort n'est pas celui que préfèrera notre planète. Pas encore.

(Photos via flickr CC)

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