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Publié par Cyril Fussy

Critique cinéma

 

Richard, Jonathan, Ron et Timmy se retrouvent comme chaque année depuis leurs années d’école et d’université. Ils ont 44 ans et quelques jours de beuveries à consommer devant eux et devant vos yeux curieux d’entrer dans un monde à la fois familier et étrange. On ne s’attend pas vraiment à ce qu’un film de Magnolia Pictures ("Color me Kubrick", "Flawless", "Outrage", etc.) s’arrête à une simple rencontre de vieux étudiants qui ont mal grandi et qui vont pleurer sur leurs belles années devant une caméra qui donne le mal de mer. Et on ne le regrette pas. Le monde tel qu’on le connaît s’arrête pendant deux heures, qui passent comme des secondes.

 

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Il s’est écoulé de longues années avant qu’un film me donne envie de le revoir immédiatement après sa première projection. Puis une troisième fois pour être certain d’avoir bien ressenti quelque chose d’inhabituel. Et une quatrième fois, juste pour le plaisir. « I melt with you » est une claque, un film qui m’a réconcilié avec le cinéma tel qu’on l’aime. Dérangeant, sombre et nostalgique, un cinéma qui vous touche par vagues successives dans un univers improbable et pourtant si curieusement proche et familier. Les premières images vous inondent d’une bande originale qui monte lentement le long de la colonne vertébrale, en frissonnant, sans vous laisser de répit jusqu’à la dernière goutte de générique. Elles vous plongent dans une villa de rêve – pour quiconque envisage le bonheur hors d’une tour de trente étages dans une métropole surpeuplée et suffocante - vous submergent de peintures placées là où Hollywood a l’habitude de mettre des boîtes de cornflakes et de ketchup, là où Luc Besson vous aurait déjà assommé d’une Audi noire et d’un ordinateur à pomme croquée. Mark Pellington a visiblement eu un coup de cœur pour les toiles de Vezna Gottwald et on le comprend parfaitement, dans ce contexte d’une Californie du nord encore sauvage et belle.

 

Accrochez-vous aux accoudoirs de votre fauteuil, confortablement installé devant l’écran, Mark Pellington va vous emporter dans un Las Vegas Parano auquel vous n’échapperez pas, tant la trame du scénario appelle, rappelle et réveille, l’adolescent qui sommeillait encore en vous, à la façon "Requiem for a dream". L’excellent Rob Lowe est une perle dans ce casting, un lien intelligent et génial vers l’époque qui joue subtilement son rôle de fantôme ; si vous êtes un quarantenaire sensible. Rassurez-vous, tout est prévu pour se laisser séduire, y compris l’intervention, forcément dénudée, de la sublime porno star qui veut absolument faire du cinéma, Sasha Grey. Mais rien ne sert de vous prévenir, il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Par contre, ce personnage campé par Thomas Jane, aux faux airs de Christopher Lambert, comme on dit là-bas, vous mène dans son univers d’écrivain déçu écorché de parfums de Baudelaire, pour n’être dérangé que par une flicquette absurde jouée par une Carla Gugino toujours aussi inexpressive, même quand elle a envie de pleurer. On fait mieux comme fleur de lotus.

 

On en vient aux faiblesses de ce film bouleversant par sa bande originale ahurissante (Pixies, Adam and the Ants, Mark Cook, The Specials, Joan Jett & The Black Hearts, Chrissie Hynde, Bauhaus, Cabaret Voltaire, The Clash, Dead Kennedys, Jesus & The Mary Chain, l’extraordinaire « Coward » de Vic Chesnutt, etc., arghhh) et par ses images justes. Exit Carla Gugino qui n’a rien à faire là; son agent doit être assez bon pour arriver à la caser là où on n’aimerait pas du tout la voir. J’ai par exemple adoré « Sucker Punch » et son univers fantasmagorique, mais « au secours », grosse erreur de casting avec cette femme qui n’a rien d’une actrice… Les Ray-Ban, ouais, ok, on les voit bien. La photo, à la fois pure et décevante, méritait mieux qu’un Eric Schmidt qui aurait pu mieux communiquer avec le Chef Op et éviter les évidences semi-amateurs. Je n’ai, non plus, pas du tout aimé le rajout de texte en post-prod quand le son est trop mal arrangé, mais on le mettra sur le compte d’une erreur de jeunesse ou d’un essai raté. Les plans floutés sur les bouteilles de Tequila qui n’ont pas séduit de sponsor, ça craint niveau production.

 

Sinon, « wahou » ! C’est le premier « mot » qui me vint à l’esprit, le générique une fois digéré, afin de bien lire tous les titres de la B. O. tout en savourant du Modern English superbement revisité. Ce film laisse des traces. Les acteurs ont un pouvoir fascinant de jouer l’amitié mâle, parfaite et ultime suivant les mouvements hypnotiques parfaitement maîtrisés de la baguette magique de Mark Pellington. Un nom à se rappeler sans aucun doute. Si vous n’avez jamais rien compris à l’empreinte punk de la fin des années 70, et si vous n’êtes même pas né dans les années 60, ces quatre Pistols là vous injecteront la dose nécessaire de bons produits pour ingérer toute l’ambiance d’une époque très particulière… vingt-cinq ans après. Jamais un film ne m’avait si bien servi le « no future » des Sex Pistols une fois mûr tout en m’apportant la poésie écarlate du « carpe diem » d’un « Dead poets society »… Une promesse est une promesse. Je vais maintenant le revoir une cinquième fois afin d’en tirer quelques citations intéressantes, s’il y a lieu.

 

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