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Publié par Cyril Fussy

(Publié le 31 mars 2010 sur lepost.fr)

 

Avez-vous entendu parler de Vermont Yankee?


Vermont Yankee

Image: tour de refroidissement effondrée à la centrale Vermont Yankee, via vyda.org 


Il y a fort à parier que non. C'est une centrale nucléaire à Montpelier (un "l"), dans le Vermont, aux Etats-Unis. C'est loin, ouf, c'est pas chez nous, voilà certainement pourquoi vous n'en n'avez jamais entendu parler dans la presse française. Par contre vous entendez bien parler chaque jour qui passe des opérations militaires en Afghanistan, c'est loin, c'est pas chez nous, c'est normal, certainement.

 

La centrale nucléaire Vermont Yankee est de type BWR, ou si vous voulez une grosse bouillotte de 620 MWe qui a débuté ses opérations en 1972, un vieux modèle de centrale nucléaire comme il en existe des dizaines de par le monde, ouf, pas en France, mais surtout dans les pays complètement à la masse nous disent les pro-nucléaire, comme les Etats-Unis, donc, à les croire, ou les pays de l'ancien bloc de l'est.

 

Le gouvernement de l'état du Vermont ne s'est pas engagé, suite à un vote du Sénat en février 2010, à reconduire le mandat opérationnel de la vieille centrale en 2012: elle aura alors 40 ans la vieille. Mais pourquoi, puisque le nucléaire est tellement sûr, durable et inépuisable? Parce que les responsables n'ont cessé de cacher les problèmes de la centrale. Une de ses tours de refroidissement s'est effondrée le 22 août 2007, difficile de le cacher. Les causes auront été la rouille qui a attaqué les fondation de la tour. On nous dit qu'il n'y a rien de mieux contrôlé qu'une centrale nucléaire, alors pas de quoi s'inquiéter.

 

Mais surtout, elle fuit du Césium 137 comme une Italienne qui aurait explosé son turbo sur l'autoroute. La centrale était opérée à 120% de sa capacité avant 2007, ce qui a soulevé de nombreuses protestations parmi les activistes locaux, sans effet bien sûr. La demie-vie du césium 137, qui n'est qu'un pur produit de la fission nucléaire et n'existe pas à l'état naturel, est de trente ans, c'est-à-dire qu'il faut trente ans pour que cet élément radioactif (très certainement sans aucun danger pour l'environnement puisque les centrales nucléaires sont tellement LA réponse idéale au changement climatique) perde la moitié de sa radioactivité.

 

Ce n'est pas tout. De nombreux tests prouvent que du tritium fuit dans la rivière Connecticut dans laquelle la centrale déverse son eau de refroidissement. Le tritium est l'un des cancérigènes les plus dangereux. La centrale était opérée à 120% de sa capacité avant 2007, ce qui a soulevé de nombreuses protestations parmi les activistes locaux, sans effet bien sûr. Du côté de l'opérateur de la centrale, Entergy, il n'y a aucune raison de s'inquiéter, la centrale nucléaire Vermont Yankee est bonne pour continuer à fonctionner. La société s'appuie sur les rapports d'inspections de la NRC, la commission de régulation officielle, qui n'a trouvé que 3 petits dysfonctionnements, rien de grave.

 

Par ailleurs, Entergy a toujours affirmé que sa centrale ne possédait aucun tuyau en sous-sol, jusqu'à ce que la fuite soit détectée. Puis, mise devant le fait accompli, elle a employé le terme de "nuances", qui semble être approprié pour justifier ce mensonge. Pourquoi pas, plus c'est gros...

 

Ah, oui, au fait, un problème de sécurité dans la centrale a eu lieu en 2008, mais le public ne peut en être informé pour raison de... sécurité. Evidemment.

 

Entergy cherche encore aujourd'hui à étendre sa licence d'exploitation à 20 années supplémentaires. Les experts s'affrontent, les inspections se succèdent, la fuite de césium 137 détectée en février dernier a été confirmée aujourd'hui, et il faut juste nettoyer les dégâts maintenant, on rafistole les deux tuyaux percés qui laissent s'écouler le tritium dans le sous-sol... Tout va bien, dormez tranquille, le nucléaire c'est super pénard, ça ne coûte rien, sans danger (nettement moins que le grave danger qu'un oiseau frappe une éolienne, c'est clair) et de toutes façons, même s'il y avait danger, vous ne le sauriez pas, question de sécurité, vous comprenez.

 

Mais devant la réluctance de l'état du Vermont à vouloir prolonger la durée de vie de la centrale (la VYDA est l'alliance officielle qui cherche à faire démonter la centrale), il se pourrait plutôt que la société Entergy soit tout de même forcée de mettre la main à la poche afin de nettoyer le site pour démanteler Vermont Yankee par la suite. Coût estimé pour la société: 40 millions de dollars. On peut comprendre qu'elle traine des pieds. C'est vrai que le nucléaire est tellement rentable (si l'on oublie les frais d'entretien, de démantèlement, de maintenance et de couverture des incidents pour raison de "sécurité", évidemment). Faire taire la presse n'est pas donné non plus: je cherche désespérément des articles de "la grande presse" à ce sujet, du New York Times, du Washington Post ou de Time Magazine, rien...

 

En guise de dessert, sachez que l'url du site internet de la centrale Vermont Yankee est (si je dis "ironiquement", on me croit?): http://www.safecleanreliable.com/. Ce qui signifie "sûre", "propre" et "fiable", si si, sûre et propre ça ne suffisait pas ou l'url n'était pas dispo j'imagine. Par ailleurs, pas un mot sur ce site internet des fuites de césium détectées en février. Ça c'est de l'info au public ou je ne m'y connais pas.

 

Ne vous attendez pas à voir ce post en une, la pub Areva gêne un peu dans les coins.

 

Sources: Yahoo! News, wikipedia, VPR News, WPTZ, vyda.org, Reuters, Rutland Herald, safecleanreliable.com

 

"Nucléaire: le monde du silence" (les épisodes précédents):


- http://www.lepost.fr/article/2009/11/26/1811164_nucleaire-le-monde-du-silence-episode-3-le-nucleaire-sans-danger_1_0_1.html
- http://www.lepost.fr/article/2009/10/31/1768550_nucleaire-le-monde-du-silence-episode-2-de-l-art-de-la-desinformation.html
- http://www.lepost.fr/article/2009/10/16/1745055_nucleaire-le-monde-du-silence.html

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ponta 31/07/2010 22:53



Stephen King parle des dangers du nucléaire à travers l'un des ses personnages dans le premier tome des " Tommy knockers". Edifiant.